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15/05/13

Les accords majoritaires et l’Accord National Interprofessionnel du 11 janvier 2013

par Fabrice FISCHER – le 6 avril 2013

L’Accord National Interprofessionnel conclu par les partenaires sociaux le 11 janvier 2013 manifeste  l’importance que prennent aujourd’hui les accords majoritaires dans la négociation collective en France et dans le droit du travail. L’accord majoritaire est défini comme tel lorsqu’il est conclu par un ou plusieurs syndicats représentatifs totalisant un minimum de 30% des suffrages exprimés aux dernières élections professionnelles dans l’entreprise, la branche ou au niveau national.
Quelles évolutions de la négociation collective en France ? Quelles conséquences ont  les accords majoritaires pour les syndicats représentatifs et les salariés? Quel sera l’avenir de ces accords ?
Nous avons d’abord besoin de dresser un historique pour bien comprendre la situation actuelle.

1.       Naissance du droit à la négociation collective

Le droit à la négociation collective naît avec le préambule de la constitution de 1946 et son alinéa 8 qui proclame que « tout travailleur participe, par l’intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ». En 1966, est instaurée, par un arrêté ministériel, la notion de présomption irréfragable de représentativité syndicale et ce, qu’importe l’implication sociale réelle dans l’entreprise du syndicat.  

Cinq confédérations syndicales sont qualifiées. La Confédération générale du travail (ou CGT),  la plus ancienne créée en 1895, vient ensuite la Confédération française des travailleurs chrétiens  (CFTC) fondée en 1919, Confédération générale des cadres (ou CGC) fondée en 1944.

Deux autres confédérations, sont issues de scissions, d’abord la Confédération générale du travail - Force ouvrière (CGT-FO), créée en 1947 considérée comme l'héritière de la branche réformiste de la CGT. Puis, en 1964, la Confédération française démocratique du travail (CFDT) naît de la rupture avec la CFTC.

Dès 1968, seuls les délégués syndicaux sont habilités à négocier dans les entreprises.

Jusqu’aux années 90, la négociation permettaient de conclure des conflits en enregistrant le rapport de force entre employeurs et salariés. Aujourd’hui la plupart des négociations ont lieu « à froid », en dehors de tout conflit [D. ANDOLFATTO & D. LABBÉ - Sociologie des syndicats]. Mais c’est à partir des années 80 que va se développer la négociation de gestion. La négociation va progressivement se déplacer vers l’entreprise, voire d’établissement.

C’est la loi Auroux du 13 novembre 1982 qui va imposer l’obligation de négocier dans les entreprises et qui va inventer le droit d’opposition reconnu aux syndicats majoritaires [Ancien Code du Travail Article L.132-26]. Elle permet la conclusion des conventions et accords collectifs de travail dérogeant à des dispositions législatives et réglementaires mais sous certaines conditions. Modification du contingent d’heures supplémentaires réglementaire et institution des premières possibilités d’accords de modulation. Le « principe de faveur », tel qu’il était hérité de la loi du 11 février 1950 est pour la première fois remis en cause par cette loi.

Les syndicats majoritaires pouvaient refuser de signer estimant que la convention ou l’accord n’était pas conforme à l’intérêt collectif des travailleurs. Pour être majoritaires, ces syndicats devaient obtenir 50% des inscrits aux dernières élections au comité d’entreprise, soit environ 70% des voix des votants en tenant compte du taux moyen d’abstention.

Les accords d’entreprise vont permettre à l’employeur d’obtenir une liberté d’organisation, ils adaptent une certaine réalité économique et sociale. Les accords vont permettre de répondre à l’attente de ces employeurs qui souhaitent une refondation du Code du Travail qui répond aux attentes des entreprises. Le délégué syndical négocie des contreparties dans des accords dits donnant donnant et non plus seulement des avantages.

L'accord national interprofessionnel relatif aux négociations collectives conclu le 31 octobre 1995, visait à promouvoir la négociation collective dans les petites entreprises ne disposant pas de représentation syndicale. La négociation n’est plus réservée au seul délégué syndical, elle est dorénavant ouverte aux DP ou élu CE, ou bien un salarié mandaté par un syndicat.

Les partenaires sociaux font part, avec l’adoption de la position commune le 16 juillet 2001,  de leur souhait de « donner un nouvel élan à la négociation collective au sein d'un système performant de relations sociales, respectueux des personnes, des prérogatives du législateur et de l'ordre public social, et adapté à une économie diversifiée et ouverte sur le monde. ».

Ils revendiquent un rôle plus important dans l’élaboration du droit du travail et critiquent la rigidité de l’articulation actuelle de la loi et de la norme négociée. Ils font valoir qu’une réforme de ce cadre juridique est indispensable à un dialogue social efficace.

Le patronat souhaite de son côté qu’il y ait  un assouplissement de la hiérarchie des normes sociales et du coté de certaines organisations syndicales ceux-ci souhaitent l'introduction du principe majoritaire.

La loi « Fillon » sur le dialogue social de 2004 marque l’avancée vers la flexibilité des entreprises, elle instaure « le renouveau de la négociation collective …une autonomie plus grande entre les différents niveaux d'accords … La place renforcée de l'accord d'entreprise [et la reconnaissance des accords de groupe]… La consécration du principe majoritaire [Circulaire du 22 septembre 2004 relative au titre II de la loi n° 2004-391 du 4 mai 2004].

Le code du travail constituait le socle de base du principe de faveur, l'accord de branche ne pouvait qu'y apporter des améliorations, l'accord d'entreprise permettait d'améliorer l'accord de branche. Cette nouvelle loi va dorénavant permettre de déroger aux normes conventionnelles supérieures dans un sens moins favorable puisqu’un accord d’entreprise pourra l’emporter dorénavant sur un accord de branche voire un accord interprofessionnel.

Puis la loi du 20 août 2008 portant rénovation de la démocratie sociale accordera une autonomie de l’accord d’entreprise, il devient prioritaire. Les normes sont affranchies et la pyramide conventionnelle s’inverse. L’entreprise obtient une autonomie normative. Avec ces accords de proximité, on assiste à une véritable décentralisation sociale.

La question de la légitimité des négociateurs syndicaux est pleinement posée. Les syndicats signataires se retrouvent à réformer le code du travail et les droits des salariés par des accords d’entreprises. Et quand il s’agit de remettre en cause des avantages sociaux, la représentativité réelle des syndicats signataires importe, d’où le contrôle de cette représentativité.  

C’est la loi de 2008 qui va abroger à terme la présomption irréfragable de représentativité. Elle vient fixer une légitimation par le vote avec 7 critères dont « l’audience» qui devient le critère dominant. Pour être représentatif, un syndicat doit recueillir au moins 10 % des suffrages exprimés au 1er tour des élections professionnelles. Pour qu’il soit valable, un accord doit être signé par des syndicats représentatifs ayant obtenu 30% des suffrages exprimés (Les 30% représentent un tiers des suffrages du personnel, soit 20% à 25% des inscrits.) et une absence d’opposition majoritaire (50% des suffrages exprimés, soit 70% des inscrits).

L’application des nouvelles exigences de représentativité ne va pas se faire sans difficulté. Elles vont d’ailleurs même opposer les organisations syndicales entre elles, notamment, vis-à-vis de la CFE-CGC, unique confédération catégorielle, car la loi lui permet d'être représentative en obtenant « au moins 10% dans le seul collège où elle se présente". La CGT-FO a jugé ce principe discriminatoire et en 2009, elle a tenté de remettre en cause la nouvelle loi en invoquant que son principe « est contraire au principe de la liberté syndicale ». Mais, la Cour de Cassation n’a pas suivie. Elle a considéré que « ni les articles 5 et 6 de la Charte sociale européenne ni l'article 28 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ni les conventions n° 98 et 135 de l'OIT ne sont prohibés ». [Cass. soc. 14 avril 2010, n° S 09-60.426 - V 09-60.42 9 / 889, Société SDMO Industries et UD CFDT du Finistère c/ M. J. B. et l'UD Force ouvrière du Finistère, FS-P+B+R]

Le droit français, d’origine étatique, ouvre donc depuis les années 80, le champ du droit négocié collectivement.  

D’après la Constitution de 1958, le Parlement et le Gouvernement se partagent la compétence en droit du travail. Selon l’article 34 de la Constitution, le législateur c'est-à-dire le Parlement, détermine les principes fondamentaux du droit du travail, du droit syndical et du droit de la sécurité sociale.

Les accords de Grenelle en 1968 ont encouragé la politique contractuelle d’élaboration des lois et donné plus d’influence aux syndicats.

La loi du 31 janvier 2007 viendra renforcer ce tournant dans la politique sociale. Elle prévoit que « tout projet de réforme envisagé par le gouvernement qui porte sur les relations individuelles et collectives du travail, l’emploi et la formation professionnelle … fait l’objet d’une concertation préalable avec les organisations syndicales de salariés et d’employeurs … en vue de l’ouverture éventuelle d’une telle négociation »[ Article L1 du Code du Travail ]. Cette volonté vient encore d’être renforcée depuis le 14 mars 2013 par un projet de loi constitutionnelle visant à « reconnaître  une  place importante  au  dialogue  social  et  à  la  négociation  collective ».

Pourtant, paradoxalement, « c’est au moment où le syndicalisme n’a jamais semblé aussi  peu représentatif des groupes sociaux qu’il est censé incarner que l’Etat français n’a de cesse, curieusement, de vouloir  déléguer le soin de négocier, au plus près des réalités locales, les règles d’organisation du travail et de l’emploi ». [ Labbé & Courtois - Regards sur la crise du syndicalisme – 2001]

L’Etat, garant des lois, lois supérieures aux conventions nationales, aident dorénavant les entreprises à déroger aux normes.

Pour faire admettre les réformes, l’Etat a besoin de cette légitimité sociale que lui apporte la négociation collective avec les organisations syndicales. Le système du dialogue social présente l’avantage d’une dérèglementation progressive, à laquelle les salariés sont censés avoir consenti par l’intermédiaire de leurs représentants. [ D. Andolfatto & D. Labbé, - Sociologie des syndicats - 2008 ]

L’Accord National Interprofessionnel (ANI) est un accord cadre qui bénéficie donc d’une double légitimité sociale, puis politique. La loi qui en découlera pourra s’appliquer plus facilement dans l’entreprise,  il fixe les choix stratégiques et oriente les négociations de branche.

La validité d’un ANI est subordonnée à l’absence d’opposition de la majorité des organisations syndicales de salariés représentatives. A noter, que cette majorité était basée sur les règles en vigueur depuis 2004, celle d’une majorité arithmétique d’opposition (3 syndicats sur 5 signent). Dorénavant, depuis le 29 mars 2013, la validité d’un ANI est fondée sur la somme des scores électoraux des signataires. Comme pour les conventions et accords, l’ANI sera soumis à la règle des 30% pour, 50% contre.

Deux syndicats signataires de l’ANI du 11 janvier 2013 étaient considérés comme minoritaires, CFTC et la CFE-CGC. Finalement, à l’énoncé des résultats d’audience présentés le 29 mars au Haut conseil au dialogue social (HCDS), elles obtiendront respectivement de 10,63% et 10,78%,  rapportés au périmètre électoral. La CFTC aura progressée. La CGT reste le 1er syndicat français avec 30,62%, elle pourra signer seule un accord. Elle est talonnée par la CFDT avec 29,74%  qui bénéficie d’une meilleure implantation dans les entreprises de plus de 10 salariés (69,1%). FO, bonne 3ème avec 18,23%.

L’Etat conscient des difficultés probables à obtenir la représentativité sur la base de leur audience au niveau national et au niveau des branches de certaines confédérations signataires d’un ANI, a sans doute précipité la négociation.

2.       L’accord interprofessionnel sur la sécurisation de l’emploi du 11 janvier 2013

Le droit du licenciement économique constitue aujourd’hui, le siège du développement des nouveaux accords majoritaires. [Le droit du licenciement économique à l’épreuve de la sécurisation de l’emploi – Frédéric GEA – Revue Droit Social – Dalloz - 2013]

Appelé, « accords compétitivité-emploi » début janvier 2012 sous l’ancienne mandature, ils ressusciteront finalement en « accords  de sécurisation de l’emploi » le 11 janvier 2013 dans la toute continuité gouvernementale et sous la pression des représentants patronaux. Malgré l’intitulé, ce projet de loi ne sécurise pas l’emploi puisqu’il donne l’opportunité aux entreprises de pouvoir licencier plus facilement en leur attribuant plus de flexibilité.

En effet, l’article 20 dispose qu’en cas de graves difficultés économiques, l’entreprise pourrait conclure des accords (majorité de 50%) prévoyant la possibilité de réduire le temps de travail et/ou le salaire du personnel pendant une période pouvant aller jusqu'à deux ans. Ces mesures de l'accord collectif exigent l'accord individuel du salarié. S’il refuse, l'employeur peut engager une procédure de licenciement individuel pour motif économique. Mais l'employeur est exonéré "de l’ensemble des obligations légales et conventionnelles qui auraient résulté d’un licenciement collectif pour motif économique". Motif de licenciement donc inattaquable devant un juge. Il s’agit de mettre en place « une stratégie d’évitement du juge chargé du contrôle du respect des droits des salariés. [Communiqué de Presse du syndicat de la magistrature – 15 janvier 2013]

Un travailleur pourra difficilement refuser ces nouvelles conditions sous peine de licenciement. Le Conseil d'Etat a d’ailleurs estimé que cette disposition pouvait être contraire aux conventions internationales du travail.

Le récent accord Renault de compétitivité, signé le 13 mars 2013 avec trois syndicats, donne un exemple de ce que réservent les entreprises avec ces accords qui prétendent sauvegarder l’emploi. Pourtant, la direction de Renault a annoncé aux syndicats, la veille de la signature, qu'elle prévoyait de réduire ses effectifs de 7 500 personnes en France, soit de plus de 15%, d'ici fin 2016. Par ailleurs, dix-sept jours de plus seront travaillés dans l’année, soit 10 minutes de plus par jour. La mobilité entre sites distants de 100 à 150 km est généralisée, et les salaires gelés durant 3 ans.

En fait, l’ANI devenu « projet de loi sécurisation de l’emploi » inscrit des pratiques telles que la baisse des salaires et la modification des horaires des salariés,  déjà largement utilisées par les entreprises ces dernières années. BOSCH Vénissieux en 2004, Continental Clairoix en 2007 ou bien Dunlop et Goodyear en 2008 et General Motors, en 2010.[ Bosch, Continental, Goodyear et autres histoires de chantage à l'emploi - Le Monde.fr du 31 janvier 2013 ]. Lorsque l’accord prévoit de ne pas supprimer d’emploi sur une période de deux ans,  deux ans après, on constate que ces entreprises annoncent toujours soit un nouveau Plans de Sauvegarde de l'emploi (PSE), soit une fermeture du site, soit une cession du site.

L’accord majoritaire offre un cadre juridique favorable aux entreprises,  une opportunité, un répit pour faciliter leur restructuration, mais il fragilise, à terme, les salariés.

Un autre point de l'accord prévoit de soumettre les mobilités internes à des négociations tous les trois ans, applicables au contrat de travail des salariés. Les clauses contraires à l’accord se trouveraient suspendues. Si les salariés refusent, leur licenciement reposerait sur les modalités d’un licenciement individuel sur un motif économique.

La jurisprudence sur le sujet de la mobilité est plutôt riche [Cassation sociale, 14 octobre 2008, n° 07-40.092 - Cass. soc., 14 octobre 2008, Stéphanie M. c/ Pricewaterhouse Coopers Développement SA]. Il est aisé de comprendre qu’elle soit un enjeu majeur pour les entreprises. Car, aujourd’hui, quand elle n’est pas volontaire ou contractuelle, la mobilité est souvent imposée aux salariés, voire subie [Amossé, 2008], notamment dans les SSII, dans des contextes d’intimidation, de mise à l’écart ou en dernier ressort, de licenciement. Ce qui est nouveau ici, c’est qu’un accord d’entreprise impose la mobilité au salarié, elle devient opposable au contrat de travail. La hiérarchie des normes et le principe de faveur, sont une nouvelle fois remis en cause.

Un salarié qui a acheté un bien sur un site géographique déterminé et qui y réside depuis vingt ans avec sa famille, a ses habitudes, ses voisins, un trajet habituel de transport pour se rendre à son travail. Lui imposer une mobilité à plusieurs centaines de kilomètres, c’est savoir d’avance qu’il va refuser. C’est un licenciement annoncé.

L’article 11 de l’accord prévoit que les licenciements collectifs passeront par un accord collectif majoritaire ou un document unilatéral de l’employeur homologué par l’administration. Les délais de contestation peuvent ainsi être préétablis et donc réduits. Le Syndicat de la magistrature dénonce une nouvelle suppression "du contrôle du juge sur le contenu du plan de sauvegarde de l’emploi et sur le respect de la procédure d’information et de consultation des représentants du personnel". Selon le syndicat, l’administration du travail "n’aura pas les moyens d’exercer son contrôle réellement dans le bref délai imparti". [Communiqués de presse du Syndicat de la magistrature du 15 janvier 2013]

Quelques articles essentiels de l’accord démontrent à quel point ils incarnent la défiance à l’égard du juge judiciaire qui transpirait déjà dans l’avant-projet de loi. Le juge fait obstacle à la flexibilité, il doit donc être contourné. Les lignes de compétences sont déplacées : hier la validité d’un PSE était soumise au juge judiciaire, demain, elle le sera par l’accord majoritaire ou bien par l’autorité administrative dans un délai très court, le but étant de gagner du temps en évitant le juge judiciaire car pour l’entreprise, la procédure actuelle de licenciement collectif est lourde et onéreuse.

C’est plutôt paradoxal, voire contradictoire de soumettre, aux règles du licenciement collectif des ruptures imputables à un accord collectif qui a précisément pour but d’éviter des licenciements pour motif économique.[Henri-José Legrand – Les accords collectifs de « maintien de l’emploi » : entre deux « frontières » de ma négociation collective ? – Revue Droit Social Dalloz, 2013]

En mars 2004, le Medef avait adopté « 44 propositions pour moderniser le Code du travail », deux d’entre elles concernant directement les thèmes de la rupture et avait publié en 2007 un Livre blanc où l’une des principales revendications était la création de la  « séparabilité »   ou   rupture   par   consentement   mutuel   échappant   au  contrôle   du   juge,   sauf   vice   de consentement. Ces revendications prédomineront dès le début des négociations de l’ANI de 2008. Depuis, la ligne est restée la même, il s’agit toujours d’obtenir plus de flexibilité et d’éviter le juge en contournant réglementation du licenciement économique à grande échelle.

L’examen du projet de loi par les députés de l’Assemblée Nationale qui a débuté dès le 25 mars 2013 prévoit notamment, sur le volet de la mobilité interne, de renforcer l’obligation de respect de la vie familiale et doivent être débattue les règles à respecter en cas d’éloignement géographique. Il s’agit pour les députés de satisfaire l’aile gauche de la majorité qui s’opposent à certaines parties de l’accord mais il ne s’agit pas de le remettre en cause, tout simplement de le rendre plus « acceptable ».

3.       Conséquences syndicales des accords majoritaires

La loi négociée prend le relai dans un contexte où l’Etat souhaite partager sa responsabilité de gestion de la crise économique avec les partenaires syndicaux. La négociation de mesures de souplesse pour les employeurs, facilitant l'adaptation de l'entreprise à la conjoncture et imposant un nouveau « recul historique » au monde du travail, met à mal la démocratie sociale dans ce rapport de force inégal.

En donnant plus d’autonomie aux entreprises, l’Etat favorise l’asynchronisme social, la dispersion du droit et des normes. C’est une véritable bombe à retardement qui va diviser un peu plus les travailleurs et les pousser vers l’appauvrissement social. Les licenciements collectifs vont être facilités, avec l’appui du gouvernement et  des syndicats représentatifs.

Dorénavant, les majorités syndicales dans les entreprises devront légitimer leurs signatures, le risque étant qu’ils descendent en dessous du seuil des 10% au 1er tour des élections professionnelles, rejetant l’organisation syndicale et ses représentants dans l’ombre la non représentativité. Ils devront résister être à l’écoute des salariés de leur entreprise, de leurs mandants et résister à la pression de l’employeur.

Les accords d’entreprise s’appliquent à tous les salariés syndiqués ou non, opposant ou non. Au niveau national, une organisation signataire peut n’avoir aucun adhérent dans une branche, et aucun syndiqué à consulter. Que dire aussi des entreprises ou il suffit qu’un seul responsable syndical ou d’un mandaté pour que la négociation puisse avoir lieu et soit valable aux yeux de l’administration ?

La négociation d’un ANI constitue la situation où l’éloignement est le plus grand entre représentants et représentés [Jacques Freyssinet – Qui doit faire confiance aux « négociateurs interprofessionnels » - Revue du droit du travail – Dalloz – 2013]. Mais le problème se pose aussi dans les entreprises quand une majorité signataire de 30% fait appliquer un accord à l’ensemble des salariés alors qu’elle ne représente que 25% des suffrages exprimés sur 45% de votants aux dernières élections professionnelles.

Les salariés peuvent-ils faire confiance à ces représentants syndicaux ?

Les leaders syndicaux, peuvent-ils décider au nom de la majorité passive ? Cette majorité de salariés, qui ne vote pas, non-syndiquée, individualiste, soupçonneuse des syndicats, résignée ou opposée à tout changement.
Entériner des mobilités imposées, des baisses de salaire, des baisses d’horaire risque d’accélérer la défiance des salariés envers leurs représentants. Cette défiance peut amplifier la tendance abstentionniste lors des élections professionnelles, accentuer le repli individuel et la désaffection syndicale. Les salariés peuvent être tentés de se tourner vers des forces d’action collectives alternatives et une montée du radicalisme est à craindre. Les salariés pourraient choisir d’élire leurs propres représentants issus de leur rang, non-syndiqués, provoquant de l’agitation difficilement gérable.

Si l’Unsa et Solidaires deviennent représentatives dans un grand nombre de branches. L’Unsa siégera désormais dans 82 branches au lieu de 15. Solidaires gagne également du terrain. Elle est représentative dans le ressort de 42 conventions collectives nationales et locales.[Liaisons sociales quotidien- L’actualité - 3 avril 2013]

Entre 1960 et le milieu des années 1970 le nombre de syndiqués oscillait autour de 20% de la population salariée. C’est à partir de 1976 que les effectifs commencent à décliner régulièrement d’année en année. Aujourd’hui, le taux de syndicalisation dans le pays est d’environ 7.6% avec un nombre de syndiqués actifs de 1,7 million sur 22,5 millions de salariés.

Les résultats de la mesure d’audience des confédérations syndicales publiés le 29 mars 2013 par le HCDS représentent le cumul des différentes élections dans les entreprises du secteur privé. Ils révèlent une participation de 42,78% des salariés, soit environ 5,4 millions de salariés inscrits qui ont voté sur 17 millions de salariés du privés, soit seulement 31,8 % d’électeurs potentiels.

Quelle légitimé accorder à des organisations syndicales qui sont représentatives avec une assise fragile de 31.8% d’électeurs et 69,2 % d’abstentionnistes ?

Peut-on considérer qu’elles sont crédibles pour représenter les 11,6 millions de salariés qui ne votent pas ? 

La majorité de 30% pour qu’un accord majoritaire soit valide reportée au niveau national représente environ 1,6 millions de salariés sur 17 millions. C’est très peu. Un syndicat ou des syndicats qui rendent un accord valide au nom d’environ 12% des effectifs salariaux des entreprises françaises ne peut pas être légitime dans son application à la majorité salariale passive. 
Les organisations syndicales peuvent-elles continuer à être crédibles ? Peut-on continuer à parler de démocratie sociale  dans un contexte de soumission et de désintérêt des salariés ? Car tout cela, ressemble plus à une « dictature » de la minorité syndicale, même active, qu’elle exerce sur la majorité salariale « passive ».
Les entreprises pourraient supprimer 200 000 emplois d’ici à fin 2014 en France [Le Monde – 27.02.2013]. Selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), le taux de chômage atteindrait 11% (France + DOM) en juin 2013, soit son plus haut niveau depuis le 4e trimestre 1997. Toujours selon l’Insee, le pouvoir d'achat des Français a baissé en 2012, pour la première fois depuis 1984.

A ce stade, les organisations syndicales représentatives dans les entreprises doivent-elles continuer à faciliter les licenciements de salariés en signant les accords majoritaires ?
L’accompagnement des organisations syndicales auprès des employeurs se fait via l’accord passif d’une minorité qui ne dit mot, cela ne veut pas dire qu’elle consent. Elle subit plus qu’elle ne consent.
Par ailleurs, les stratégies adoptées par les organisations syndicales n’aident pas les salariés à s’y retrouver.
Etudions de plus près ces dernières stratégies.

La CGT-FO qui a pourtant manifesté le 5 mars 2013 côte à côte avec la CGT pour protester contre l’ANI du 11 janvier, a finalement signé l’accord compétitivité emploi chez RENAULT le 14 mars 2013. N’est-ce pas contribuer à la désorientation des salariés.

La CGT participe à des manifestations radicales et violentes, comme récemment chez Goodyear Amiens le 7 mars 2013 (plus symbolique à destinations des médias) mais qui prétend, quelques jours avant son congrès, par la voix de son nouveau porte-parole Thierry Lepaon le 13 mars 2013 que la CGT ne peut plus se contenter de dire non ou bien « La CGT n'est pas opposée aux changements, elle le prouve au quotidien en signant des accords dans les entreprises » ?

La CFDT elle, reste l’organisation fidèle à ses principes. Leader du syndicalisme réformiste, ses revendications, en vue de négocier des accords collectifs, visent à défendre l'éthique au travail et à peser sur les orientations de la politique dans le domaine de la recherche. La CFDT talonne de plus en plus la CGT et diminue l’écart qui était de 12 points aux dernières élections prud’homales de 2008 à 1 point aux scores de l’audience des confédérations de 2013.

La CGT est peut-être en train de perdre sa position de 1er syndicat de France. Elle est certainement tentée de concurrencer la CFDT sur le terrain du réformisme afin de conserver la tête du classement. Le changement de cap de la CGT, serait, sous des apparences de radicalisme, de ne plus être enfermé dans un "syndicalisme de réaction ».

L’ensemble du paysage syndical français semble donc s’orienter vers le réformisme. En tout cas, pour les 5 syndicats représentatifs. La priorité de ces organisations syndicales est accordée au dialogue dans les relations avec le patronat dans un souci de réalisme économique. Cette tradition allemande est-elle applicable en France ? Le syndicalisme de cogestion a-t-il une légitimité lorsqu’il s’agit d’imposer des reculs historiques aux salariés, leur demander de faire des efforts sous la pression patronale et gouvernementale?

Ce choix stratégiques du réformisme syndical donnant la priorité au dialogue et à la signature d’accord collectifs régressifs est plus une posture imposée qu’un choix des salariés eux-mêmes.  Il pourrait isoler un peu plus ces syndicats dans leur tour d’ivoire du bureaucratisme au risque de provoquer une cassure définitive avec le monde du travail.  

Des droits des salariés bradés par des syndicats dans une comédie du dialogue social n’est pas l’unique facteur qui les détourne du syndicalisme. En 1992, Labbé et Croisat identifiaient douze facteurs comme la situation économique, le chômage, la baisse  du pouvoir d’achat, la perte d’utilité, le cycle social, les nouveaux rapports sociaux, les stratégies patronales, l’individualisation des salaires et des conditions de travail, le développement de l’expression directe, l’institutionnalisation des délégués, la crise du militantisme et les défauts du syndicalisme français. [Biétry, 2007]

La place que prennent les accords majoritaires aujourd’hui dans la négociation collective et la responsabilité grandissante qu’ils font peser sur les signataires, risquent d’accentuer la crise du syndicalisme français.

4.       Quelles perspectives pour les accords majoritaires ?

L’accord majoritaire est en train de devenir une zone sécurisée dans l’entreprise au profit de l’employeur, un ilot isolé du droit au milieu de l’océan social des normes et des lois, un pare-feu faisant tampon entre le juge et les droits des salariés et l’employeur.

Tant qu’il s’agissait de négocier des avantages aux salariés, la négociation collective avait une légitimité. Depuis 2008, la représentativité, même basée sur l’audience sociale réelle des syndicats, est bien fragile. Comme pour le système politique, avec deux grands partis majoritaires, soit rose soit bleu tous les cinq ans, l’accord majoritaire va créer l’alternance aux élections professionnelles. Quand le salarié aura survécu au PSE ou à la mobilité, il pourra choisir tous les deux ans le syndicat qui a su représenter au mieux ses intérêts. Le choix se fera parmi les signataires ou les non signataires de l’accord collectif. Sera sanctionné le représentant qui n’aura pas compris que la représentativité n’est pas éternelle.

Le cheminement de l’électorat politique est le même que celui de l’électorat syndicale. Et les causes de la désaffection syndicale et politiques sont identiques. L’augmentation de l’abstention nait surtout d’un électorat désabusé et désorienté.

L’utilisation du référendum s’est généralisée ces dix dernières années. Certain considère qu’il se substitue à la démocratie représentative qu’incarne les syndicats et il se traduit comme un affaiblissement de leur pouvoir. Du coté des salariés, Il est souvent approuvé comme étant un vrai outil démocratique. Du coté des entreprises, il représente un risque si la réponse est négative de déboucher sur des situations de blocage.

Pour les salariés, syndiqués ou non, il s’agit de valider un accord, non de participer à sa négociation.

La démarche du référendum pourrait être pertinente s’il n’y avait pas un tel taux d’abstention des salariés. Comment rendre les salariés plus préoccupés par leur avenir collectif dans les entreprises ? Comment les faire entrer sur le terrain des revendications et de la lutte pour leurs intérêts propres ? N’est-ce pas les questions sociétales que doivent se poser les organisations syndicales aujourd’hui ? Surmonter la désorientation des salariés et leur désœuvrement social, syndical et politique.

Le réformisme syndical a une utilité dans un contexte de paix sociale et de repli individuel.

Lorsque les salariés sont mobilisés comme à PSA – Aulnay-sous-Bois, en grève depuis le 16 janvier 2013, il n’y pas d’accord signé. Et il ne peut y en avoir dans de telles situations.

La représentativité réelle de l’organisation syndicale basée sur des élections professionnelles n’inverse pas forcément le rapport de force en faveur des salariés.

La  mobilisation des salariés est bien la donne manquante du jeu du dialogue social et de la démocratie sociale. Car lorsque les salariés rentrent en scène, la pièce de théâtre se joue avec eux, ils deviennent les acteurs de leur vie sociale et collective, ils décident eux-mêmes de leur avenir. Leurs droits ne sont plus bradés puisqu’ils sont eux-mêmes les négociateurs. Les intermédiaires disparaissent. Les salariés deviennent les organes représentatifs. On ne parle plus alors de démocratie sociale mais de démocratie directe.

En l’absence de grande mobilisation collective des salariés,  l’utilisation des accords majoritaires pour donner plus de flexibilité aux entreprises va continuer à  se généraliser, en parallèle, le « détricotage » du droit du travail à de beau jour devant lui.

20/03/12

AtoS Healthcare en Grande Bretagne: un scandale honteux méconnu en France.


Le gouvernement britannique avide de petite économie dans un contexte de crise utilise toutes sortes de techniques. L'une des plus scandaleuses est vraisemblablement celle pour laquelle AtoS a remporté l'appel d'offre pour le ministère du Travail et des Pensions. En effet,  afin de débusquer « les profiteurs » et « les valides au travail » AtoS a élaboré un système conformément au donneur d'ordre : un formulaire électronique pour évaluer les handicapés, les cancéreux en phase terminale, les invalides, accidentés du travail. S’ils ne répondent pas aux critères ou s’ils ne se rendent pas à l’entretien : leurs allocations sont supprimées. 
La conception de ce formulaire est  un véritable scandale car des personnes profondément handicapées peuvent être jugées capables de travailler et les maladies mentales ne sont pas prises en compte.
Les associations d’handicapées sont scandalisées de voir AtoS siéger  au conseil d'administration des Jeux Para Olympiques et ils demandent le boycott.
Selon le Daily Mail,  103 suicides auraient eu lieu depuis la mise en place de cette évaluation. (1)



AtoS Healthcare est une division d'AtoS Consulting qui officie dans le secteur de la santé au Royaume-Uni où elle emploie plus de 3.000 personnes. Son plus important contrat est conclu avec le ministère du Travail et des Pensions, en vertu duquel il conduit  des évaluations d'invalidité pour les personnes touchant des prestations d'invalidité, y compris l’allocation de soutien à l'emploi, l'indemnité d'incapacité (« DLA »)  et  les prestations d'invalidité et blessures industrielles. 

L'évaluation des capacités de travail (WCA) est très controversée. Il continue d'être critiqué au Royaume-Uni, tant par des enquêtes parlementaires que par des députés, par le pouvoir judiciaire, ainsi que par des groupes de défense des droits des personnes handicapées comme le Citizens Advice.(2) Ces groupes ont mis en évidence de nombreux exemples de malades en phase terminale ainsi que des personnes gravement handicapées jugées aptes au travail et non admissibles à des prestations à la suite d'une évaluation menée par ordinateur par AtoS Healthcare, qui est payé 100 millions de livres par an par le gouvernement pour effectuer les essais. Des organismes de bienfaisance ont finalement décrit le système comme impropre  et demeurent préoccupés par sa fiabilité, malgré l'engagement du gouvernement de l'améliorer.(3)

La compétence d'AtoS et de ses employés est contestée par les professionnels de la santé. AtoS a mis en place un système automatisé d’examens médicaux nommé « LIMA ».  Ces examens médicaux sont très critiqués par les personnes évaluées. (4)
Le système est automatisé avec un nombre de réponses oui/non, ne permettant pas de prendre en compte les maladies évolutives, les maladies mentales etc., mais aussi évaluant la fonctionnalité sur des critères faussés.
Une question posée notamment est la suivante : regardez-vous « Eastenders » ou « Coronation Street » ? (deux séries télévisés très populaires en Grande Bretagne). Si la réponse est oui, cela veut dire pour le logiciel que la personne est capable de rester 30 minutes assise, alors même que celle-ci fait remarquer qu'elle regarde ces programmes couchés.

De multiples erreurs dans les dossiers, dont certaines très grossières, sont avérées.
Il y a aussi le refus d'accepter d’autres documents médicaux, de spécialistes notamment.
Une vingtaine des 55 centres d’examens d’AtoS n’ont pas d’accès handicapé, et certains sont à plus de 5 minutes à 15 minutes de la gare la plus proche.

Un nombre important de personnes handicapées ou de malades, qui touchaient autrefois des prestations sociales, sont jugées aptes au travail ou aptes à intégrer un programme de réinsertion professionnelle. Cela signifie alors l’arrêt de la perception de leurs allocations.
Si elles ne se présentent pas à un entretien d’embauche (mais si elles sont très handicapées et que cela est rendu impossible) leurs allocations chômage sont alors arrêtées. (5)

La qualification ou la compétence des examinateurs est remise en cause : 17 heures de formation pour les infirmières, quelques jours pour les médecins, et des salaires attractifs : 32.000 livres sterling pour les infirmières pour un boulot de 9 à 5 heures sans astreinte, pas de travail le weekend, etc. (6)

Le type de personnes jugées aptes au travail comprend des cancéreux en phase terminale, des personnes souffrant de la maladie de Parkinson, de maladies débilitantes et chroniques pour lesquelles il n’y a aucun espoir d’amélioration, mais qui devront dès l'année prochaine repasser cet examen chaque année.
La liste est sans fin.
Le journal Guardian, dans un article du 19 mars (8), cite Peter, un analyste informatique officiellement enregistré aveugle en 2009 qui s’est vu refuser l’allocation et avec obligation de reprendre un travail. (11)

AtoS est censé faire des recommandations qui sont étudiées par un panel qui prend la décision. Ce qui est dans le texte appelé JCP decision-makers, ce qui signifie les décisionnaires de JCP. JCP veut dire Job Centres plus, une ANPE glorifiée. Il ne semble pas qu'il y ait des membres de la profession médicale dans ce panel.
Les recommandations d'AtoS sont acceptées à 99.78% aux dépens de celles des médecins généralistes ou spécialistes qui suivent leurs patients depuis des années. (10)

De nombreuses manifestations d’associations et d’activistes ont lieu depuis que ce scandale a éclaté de l’autre côté de la Manche à tel point que nous sommes étonnés qu’il soit méconnu en France. Les manifestants brandissent des banderoles où il est écrit «Atos ne donne pas un tirage au sort» et «Atos tue!". Une référence au nombre restreint mais croissant de demandeurs qui se sont tués après avoir constaté que leurs avantages ont été supprimés.(12)(13)(14)
Si vous lisez cet article de Wikipédia sur AtoS, http://en.wikipedia.org/wiki/Atos, vous verrez que la version française est complètement expurgée par rapport à la version anglaise qui fait allusion à la controverse de la suppression des prestations après les examens réalisés par AtoS.
L’omerta de la presse française ne nous fait pas douter des moyens de pression de la multinationale AtoS.


AtoS a obtenu le contrat avec le gouvernement britannique dans un contexte de récession économique et d’un programme de réduction des coûts dans le secteur public. Avec le gouvernement de droite de Mr Cameron, une véritable chasse aux sorcières a été déclenchée envers les  bénéficiaires de prestations sociales. Une campagne très virulente du gouvernement britannique a dépeint les handicapés comme des parasites qui profitent du système, alors que la fraude ne représente que 0.5%. Dans ce contexte, le cahier des charges d’AtoS est clairement identifié. Le résultat est une réduction considérable du nombre de personnes qui peuvent prétendre à des prestations handicapées parce que les critères ont changé.

Depuis que le système a été testé fin 2009, environ 390 000 personnes ont engagé des procédures devant les tribunaux d'appel contre une décision sur leurs aptitudes au travail. Les tribunaux ont été forcés d'ouvrir le samedi et à augmenter leurs effectifs de 30% depuis Janvier 2010, le coût de ces appels devrait atteindre 50 millions de livres par an d'ici la fin de ce mois-ci. (7)
Environ 38% de tous ces appels en tribunal sont favorables au demandeur, et la prestation est accordée par la suite. Si un demandeur est pris en charge dans son appel par une personne d'un groupe de défense, tels que les conseils des citoyens, il y a un taux de réussite beaucoup plus élevé pour ces appels, environ 68%. (8)

Ce scandale honteux ne doit pas rester dans l’ombre. Notre devoir, en tant que salariés membres du groupe AtoS, et syndicalistes, est de vous informer sur ces événements qui touchent les travailleurs handicapés pour lesquels nous avons une attention particulière de ce côté ci de la Manche.
Votre devoir maintenant est de participer à l’éclatement de ce scandale en informant vos collègues, vos amis et vos familles.

Merci à Anita pour ton aide et félicitation pour ton excellent article dans Agoravox(9) 

(11) http://www.guardian.co.uk/society/video/2012/mar/19/sickness-benefit-esa-appeal-video
(12) http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2010/jan/07/mother-suicide-welfare-state
(13) http://www.thisishullandeastriding.co.uk/Woman-drowned-drain-upset-health-check/story-12927176-detail/story.html
(14)http://www.mirror.co.uk/news/uk-news/stress-of-tory-benefits-tests-killed-129934

21/02/12

Opération « Mains Propres » au C.E. d’AtoS Infogérance

Un pré-audit des comptes a été demandé par le nouveau bureau du C.E. d'Atos Infogérance élu en juillet 2011. Le but était de faire un état des lieux, obtenir un arrêté des comptes et des axes d'amélioration.
A la séance plénière extraordinaire du 30 janvier 2012, le cabinet Métis Expertise est venu nous présenter ses conclusions. Que de révélations!! En voici quelques extraits:

Disparitions de factures soudaines et étonnantes entravant le travail des experts :
L’investigation des experts a été autant retardée par l’arrivée tardive des archives que de la disparition de pièces comptables. De ce fait, ces experts devront procéder à des investigations non prévues dans  la lettre mission de départ.

Avis de l’expert et constat :
·         Une gestion du C.E qui reposait sur une autonomie excessive des membres du bureau : de son secrétaire et de son trésorier, avec en plus un manque de séparation des fonctions.
·         Des anomalies significatives qui résultent d’une application peu rigoureuse du règlement intérieur : Absence de budget prévisionnel, absence de rapport formel semestriel des commissions au C.E.
·         Absence de traçabilité des engagements et de contrôles des dépenses.
·         Pas d’inventaire de la billetterie -  Pas de suivi budgétaire -  Pas de cadrage des subventions avec la masse salariale.
·         Des notes de frais du secrétaire et du trésorier sortant ont fait l’objet et de façon répétée dans le temps, d’une double prise en charge à la fois par la Direction (ce qui est normal) et par le C.E (ce qui est totalement anormal).
·         Un budget de fonctionnement grevé par une mauvaise ventilation de la trésorerie entre fonctionnement et « ASC » ; un patrimoine immobilier qui ne figure pas dans les comptes du CE.

Des biens mobiliers non retrouvés par le bureau actuel du C.E :
2 valises Hugo Boss à 269€ l’unité, 1 disque dur Iomega à 275.41€, et un enregistreur Olympus à 498,90€

Des fournitures mensuelles de fleurs et des achats de plantes :
Des achats de fleurs pour 2 000 euros en 2009 et 5 plantes pour 5 000 euros en 2010.

Des frais de déplacement pour un montant de 122 000 € :
Ils ont été multipliés par 2.6 en deux ans pour passer de 18 962 à 40 721 euros et ils représentent pour 122 K€ majoritairement engagé par le secrétaire et le trésorier sortant en 3 ans et demi. Pour cela ils bénéficiaient d’une carte bancaire, chacune prélevait sur le compte bancaire du secteur du fonctionnement. Celles-ci leur ont permis d’engager directement des dépenses au nom du C.E.
Des indemnités kilométriques remboursées qui ne font jamais l’objet de remboursements concomitants de péages. Or par principe la présence de tickets de péage permet de vérifier la réalité des déplacements.

1044 repas estimés sur une base de 25 € le repas en 3 ans et demi sans compter ceux remboursés par les notes de frais :
La majorité des repas est réglée avec les cartes bancaires du secrétaire et du trésorier sortant quasiment aucun justificatif ne mentionne le motif ni les bénéficiaires des repas.
2 973 euros de dépenses engagées n’ont pu être identifiées en l’absence de pièces justificatives
75 734 euros de notes de frais en 3 ans dont 10 246 euros d’hôtels et 2 501 euros de taxi.

Les doubles remboursements des notes de frais du secrétaire et du trésorier sortants :
Le secrétaire et le trésorier sortant ont bénéficié des remboursements des notes de frais d’hôtel par la direction mais également par le C.E !! Une somme de 5300 € a été remboursées et à par la direction et par le CE pour les mois de juin et juillet 2010, 3500 € payé en double pour le secrétaire sortant et 1800 € pour le trésorier sortant.

 Des factures non conformes pour un voyage en Sicile :
Pour 107 000 € et pour 151 personnes, il n’existe à ce jour qu’une facture Pro-FORMA de 36 000 €.

 Le 20 mai 2011, SUD vous informait en se basant uniquement sur des rapports financiers du C.E à sa disposition des années passées: "Le C.E. booste-t-il votre pouvoir d’achat ?
Nous vous répondions : « Les prestations se sont fortement dégradées ces 6 dernières années, à part les chèques naissance et mariage pour un total de 26 871 € pour l’année 2010 (1.4% des dépenses, soit une goutte d’eau). Le C.E. booste le pouvoir d’achat ? Comment a-t-on pu en arriver à faire baisser certaines prestations et à faire « exploser » en 2 ans les frais de déplacement et réception (+163%), qui ne reviennent pas de fait à l’ensemble des salariés ??" Nous ajoutions le 10 juin 2011 "Mais où va donc l’argent du Comité d’Entreprise ?

Mais nous ajoutions aussi: « Alors que le budget subissait une coupe franche d’environ 4% en 2010, la participation moyenne aux voyages de quelques privilégiés progressait de 22%. Pendant ce temps, les budgets locaux baissaient de 54% sans compter plus de 20K€ de dépenses inutiles chaque année et l’explosion des frais de déplacement et de la maintenance du site internet.
Souhaitez-vous continuez dans cette voie ? Et que penser de ceux qui osent déjà vous proposer beaucoup plus… de dépenses ?? Essayons d’être tous sérieux dans les 3 années à venir :
Sud Atos vous garantit un C.E. transparent et équitable en cas de majorité !".
Certes nous n'avons pas obtenu la majorité aux dernières élections mais, nous serons comme toujours très vigilants et incorruptibles, ceci avec ou sans accord du nouveau bureau contrôlé par l'UNSA.

Toutes ces révélations, si elles s'avéraient exactes, pourraient avoir de très lourdes conséquences: Tout d'abord, les personnes concernées risqueraient le licenciement et d'éventuelles poursuites susceptibles d'aboutir à des dommages et intérêts envers le Comité d'Entreprise.

Ensuite, tant l'image du groupe AtoS que celle des syndicats pourrait être salie. La DRH a d'ailleurs rappelé à tous les élus ces 2 derniers points à la séance plénière du C.E du 16 février dernier.

Néanmoins, on peut regretter que la direction qui, légalement a un droit de regards sur les comptes du C.E n’ait jamais souhaité en user. De même, l'absence de contrôle sur l’activité des commissions alors que les dispositions du Règlement Intérieur signé conjointement en avril 2007 prévoyaient un rapport semestriel.

Il nous semble aussi important de vous informer du lobbying déjà exercé par la CFDT sur les autres sections. Le 15 février, celle-ci nous informe que la fédération CFDT a déjà procédé au dé-mandatement syndical de ces 2 élus et qu'une nouvelle équipe est en place. Elle ajoute que tout le monde serait perdant en cas de "guerre syndicale".

Que tous les salariés se rassurent : nos priorités absolues restent l'emploi, l'ensemble des sujets sociaux et les conditions de travail!

 Lors de ce même comité du 16 février, la CGT - qui se défausse ?? - a fait une déclaration, rappelant qu'elle n'a pas donné quitus sur les comptes du C.E ces dernières années.  Quel rapport ? Seul un audit approfondit aurait permis aux élus de se faire un réel avis sur les dépenses et sur le fonctionnement de son CE. Question : Qui a demandé un audit entre 2007 et début 2011 malgré les interrogations de certains ? PERSONNE!! 

A ce jour, nous informons nos (é)lecteurs qu'aucune action en justice n'est en cours. Nous nous devons tous de respecter la présomption d'innocence de l'ancien secrétaire et de l'ancien trésorier; malgré les rumeurs qui pourraient circuler. En revanche, une plainte a déjà été déposée par le bureau du C.E actuel, pour vol de pièces comptables le 19 décembre 2011 et une autre plainte mardi 21 février 2012 sur la disparition de billetterie Europa Park.

Il a été décidé de prendre un avocat. On espère que les membres du bureau mettront tout en œuvre pour faire la lumière sur cette affaire.

17/02/12

AtoS se paye un toilettage de 30 millions d’euros

Après l’audit du cabinet Mc Kinsey comparant AtoS avec 3 autres sociétés d’informatique du marché, AtoS a décidé de budgéter 30 millions à la mise en œuvre d’un plan d’amélioration. Nommé « Client First » il doit améliorer l’image du groupe,  la rentabilité,  la productivité et la performance.

Il a fallu un cabinet d’audit pour que la direction se rende compte de ce que nous dénonçons depuis des années !

L’image d’AtoS vue de l’extérieur, est déplorable. 8 niveaux de management représentent un énorme mille feuilles hiérarchique coûteux et très peu efficace. Combien de gens en production pour 1 manager ?!!

Vis-à-vis des salariés le plan s’appuie sur 3 axes de réflexion :

-          Remplacement des prestataires par des séniors : ici on parle même de « juniorisation » des seniors. En clair, la direction veut « lifter » les seniors en leur donnant une cure de jeunesse. De quoi s’inquiéter ???

-          Ruptures Conventionnelles

-          Transferts de salariés vers ATS (AtoS Technical Services, voir l’article ci-dessous)

Pour SUD il est clair qu’il s’agit d’accentuer le TOP Program de M. BRETON. Ils veulent aller encore plus loin !

Ce plan va amplifier la politique des départs négociés. 30 millions c’est une somme non négligeable comparés aux 116 millions d’euros de bénéfices qu’a fait AtoS en 2010.   Cette somme aurait pu immédiatement servir à réajuster les salaires et améliorer les conditions de travail !!

Les salariés d’une SSII sont le 1er vecteur de réussite. A quand le programme « Employees First » ?